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À la conquête de l’autonomie régionale

Shape 13 mai 2022

Cette entrevue a été éditée et condensée à des fins de clarté.


Le CCTT-Llio, spécialisé en innovation ouverte, compte de nombreux projets à son actif. Tous misent sur l’intelligence collective, le développement par la base et l’utilisation de procédés pour faciliter l’implication d’un grand nombre d'usagers et stimuler l’innovation. L’un de leur projet phare s’inscrit une démarche entièrement ancrée dans le développement durable. Présentation de Fab Région Bas-St-Laurent : à la conquête de l’autonomie régionale.

Le réseau Fab City / Fab Région, dont le Bas-Saint-Laurent est devenu le premier territoire canadien à s’engager, compte 41 membres autour du globe. L’objectif commun : atteindre au moins 50% d’autonomie bioalimentaire, énergétique et manufacturière d’ici 2054. Pour créer ce monde de demain l’équipe du Llio s’est donné pour mission de cocréer la transition de leur région pour développer une autonomie régionale durable.

Dans le cadre de la Semaine de l’économie verte, nous avons rencontré les acteurs principaux de ce projet novateur :

  • Michel Lesage, chargé de projet au Llio
  • Mylène Blanchette, coordonnatrice de la Table de concertation bioalimentaire du Bas-Saint-Laurent
  • Émilie Dupont, coordonnatrice de la démarche d’économie circulaire à la SADC du Kamouraska.

Cette entrevue a été éditée et condensée à des fins de clarté.

Q. Pouvez-vous nous faire un petit résumé de ce qu’est le projet FabRégion Bas-Saint-Laurent ?

Michel : Le projet FabRégion, c’est la volonté d’une région et de ses acteurs de s’engager dans une démarche pour définir une gouvernance et un mode de fonctionnement et de collaboration qui permettrait à la région d’aspirer à une autonomie régionale d’au moins 50% d’ici 2054. Mais surtout, de le faire d’une manière durable. On le fait en mobilisant une constellation d’acteurs de tous les niveaux passant du politicien au citoyen.

C’est une démarche où l’on cherche à définir ensemble ce que veut dire être autonome, comment on le mesure, comment on peut développer des outils pour prendre le pouls de nos actions. Le projet lui-même change de forme au fur et à mesure qu’il avance.

Nous sommes issus d’un mouvement international qui se nomme FabCity qui est déjà implanté dans certaines grandes villes. Nous, on a eu envie de le faire à l’échelle régionale ! Le modèle, on le crée et on l’ajuste à mesure que le projet avance. On doit gérer la coexistence de l’urbain, du rural et du « rurbain ». Tout un beau défi.

Mylène : On sort du lot au niveau du Bas-Saint-Laurent parce qu’on le fait à l’échelle régionale, mais je ne crois pas qu’on aurait pu le faire autrement.

Q. La région du Bas-Saint-Laurent est le premier territoire canadien à s’inscrire dans le projet FacCity, racontez-nous d’où l’idée du projet est venue ? Quels étaient les enjeux à ce moment-là ?

Michel : L’inspiration nous vient de FabCity. En s’intéressant à ce mouvement-là, l’engouement s’est créé ! La conviction est forte, autant au Bas-Saint-Laurent qu’au Llio à propos de la notion de transition socioécologique.

Elle est inévitable, cette transition, si on veut continuer d’exister et de prospérer comme société. C’est la Table régionale des élus du Bas-Saint-Laurent qui s'est concertée et qui a proposé la FabRégion.

Maintenant, on est en train d’inventer le narratif pour décrire la région en 2054, pour la faire exister dans notre imaginaire. On la voit naître notre région autonome ! Ensuite, chacun peut se l’approprier, à son échelle, avec ses moyens et se mettre en marche pour arriver à la réalisation de ce beau projet.

Q. On comprend bien que la réussite du projet est directement liée à l’implication des entreprises et des citoyens de la région. Est-ce que c’est facile de convaincre et de mobiliser tous ces gens-là ?

Michel : Réalistement, on n’a pas de grosse équipe dédiée uniquement aux relations publiques et à la mobilisation. Notre capacité de rejoindre des gens va prendre de l’ampleur avec le temps, un peu comme un effet boule de neige. Les gens adhèrent habituellement rapidement à l’idée. Là où c’est un peu plus difficile, c’est au niveau manufacturier parce que depuis toujours on développe ces secteurs sur la base de la rentabilité et non pas sur la base d’une résilience territoriale.

Mylène : En général, on rejoint les entreprises, elles sont mobilisées ! Au niveau manufacturier, depuis plusieurs années Synergie Bas-Saint-Laurent travaille directement avec les entreprises. Avec la FabRégion on vient alimenter tout ce travail-là et pousser encore plus loin la perspective d’autonomie.

Émilie : Mobiliser l’économie circulaire dans une optique d’autonomie régionale c’est intéressant parce que ce sont des stratégies relativement concrètes. Je pense que ce n’est pas si important que les gens soient conscients qu’il y a une FabRégion en train de prendre forme dans leur habitat. Par contre, il y a une montée de la volonté d’autonomie. C’est ça qui est important, qu’on se rende compte que la mentalité change !

Ce projet nécessite de coordonner plusieurs experts. Quels sont les avantages de travailler avec un Centre collégial de transfert et de technologie (CCTT) ?

Michel : Le Llio est un peu l'initiateur du projet. Il amène une force de recherche, une force de méthodologie, d’innovation verte. On sait que ce n’est pas au Llio de porter la cause de la FabRégion indéfiniment. Il faut susciter l’engagement, l’implication et avoir suffisamment outillé la démarche pour que la communauté puisse reprendre le flambeau. Éventuellement, nous aimerions faire notre travail de transfert et continuer d’agir dans le projet en développant des outils pour faire avancer le projet.

Vous savez, dans la vraie vie, nos aliments sont souvent importés d’ailleurs, et on en exporte également. Si on veut être autonome, il faudra développer des circuits d’approvisionnement plus courts. Si on veut une FabRégion qui fonctionne, il faudra aussi concevoir un mode de gouvernance pour permettre de se coordonner et doter cette gouvernance d'outils d'aide à la décision pour mieux cibler ses interventions.

Mylène : Grâce au Llio et à l’apport des CCTT, on a un portrait théorique de l’autonomie alimentaire. On était loin de ça il y a quelques années. Le Llio permet de produire des données qui vont nous permettre de prendre des décisions éclairées et de se fixer des cibles réalistes. C’est un élément très important au niveau de la FabRégion. C’est important de le dire !

Émilie : Le Llio nous apporte de l’agilité pour coconstruire en cours de route le projet. Il est capable de mobiliser et d’apporter les bons outils d’animation. C’est un catalyseur d’intelligence collective. Il offre un nouvel espace de réflexion-cocréation-action. Ils sont vraiment rares, ces espaces, où on côtoie à la fois des entreprises, des élus, des citoyens, des experts réunis dans la construction d’un projet ENSEMBLE. Le travail en collaboration avec un CCTT facilite les choses et nous permet vraiment d’aller plus loin.

Q. Autonomie et autosuffisance, pourquoi ? Concrètement, quels sont les impacts environnementaux pour ce projet ?

Michel : D’abord, il y a une perspective de transition socioécologique. On doit produire localement des choses qu’on est capable de produire avec nos intrants sans les transporter. On vise des unités de productions plus petites, moins industrielles, moins consommatrices d’énergie, donc ultimement moins polluantes.

Il y a aussi la résilience. On est moins soumis aux perturbations de toute nature. Prenons par exemple la guerre en Ukraine. Ça nous permet de faire des choix écologiquement responsables. Il y a un travail d’éducation à faire parce qu’il faudra consommer différemment, aligner la consommation sur les capacités de production.

Émilie : Pour travailler ensemble sur un projet commun, il fallait tout définir ! L’autonomie régionale ça a un impact sur les gaz à effet de serre et beaucoup d’autres impacts environnementaux. Être plus autonomes et avoir des circuits d'approvisionnement plus courts, ça influence aussi le côté social. Il faut « faire territoire ensemble », je trouve que ça résume bien.

Mylène : Ancrer notre économie dans notre milieu de vie, pourquoi pas ? La pandémie a mis en lumière l’importance d’une chaîne d’approvisionnement locale et on ne peut pas faire abstraction aux enjeux des changements climatiques. Il faut travailler cette prise de conscience là au sein de la population, cette urgence d’agir. C’est sûr qu’on va devoir avoir du volume, notamment pour la production d’aliments, mais on doit toujours garder les enjeux environnementaux en trame de fond.

Michel : Avec ce genre de projet, pour le futur, on peut se permettre de rêver de choses qui ne nous semblent pas possibles. Par exemple, on commence à bâtir des véhicules en fibres de lin. La voiture est compostable à la fin de sa vie. Avec le futur et les innovations, ce qui semblait impossible devient soudainement plus réaliste !

Site web de la FabRégion : https://fabregionbsl.quebec
Site web du Llio : https://LLio.quebec/


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