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À la découverte des pouponnières à entreprises agricoles

Shape 13 mai 2022

Cette entrevue a été éditée et condensée à des fins de clarté.


La volonté de posséder son petit lopin de terre et d’en faire l’exploitation agricole est un rêve qui devient de plus en plus populaire de nos jours. Démarrer ce genre d’entreprise, surtout pour quelqu’un qui n’est pas issu du milieu agricole, comporte certains risques que les incubateurs agricoles peuvent aider à calculer.

Dans le cadre de la Semaine de l’économie verte, nous avons eu la chance de rencontrer Émilie Gendron, coordonnatrice de l’incubateur agricole Les Terres du Possible et Pierre Olivier Ouimet, chargé de projet en recherche au CISA, CCTT d’innovation sociale spécialisé en agriculture.

Q. Pouvez-vous nous expliquer ce qu’est le principe d’un incubateur agricole ?

Pierre-Olivier : Un incubateur d’entreprises agricole, c’est un service pour soutenir les aspirants agriculteurs qui sont souvent non originaires du milieu agricole. Ça permet aux entreprises d’expérimenter un projet en conditions réelles. On met à leur disposition, selon l’incubateur, des moyens de production, une terre, de la machinerie et des services d'accompagnement. C’est un soutien considérable. C’est un service qui est temporaire, mais qui dure au minimum une année de production.

Émilie : J’aime bien comparer ça à une petite pouponnière à entreprises agricoles. L’incubateur joue un rôle de tremplin, de facilitateur dans la création de l’entreprise. On est aussi un parachute de secours pour les premières années de démarrage qui peuvent être plus difficiles.

Q. Présentez-nous plus précisément l’incubateur Les Terres du Possible, établi dans la MRC des Chenaux.

Émilie : Les Terres du Possible, c’est un incubateur agricole exclusivement biologique, un projet qui se chiffre à un demi-million de dollars. C’est un « clé en main » pour le démarrage d’une entreprise agricole bio. On offre aux participants une parcelle de terrain, de la petite machinerie agricole, une serre chauffée, des équipements comme des tunnels froids.

On les accompagne dans leur pratique culturale avec des agronomes, pour leur mise en marché, pour peaufiner leur plan d’affaires : on est présent à toutes les étapes. C’est un lieu test où les entrepreneurs peuvent démarrer à partir de rien. Ils peuvent séjourner dans l’incubateur pour un maximum de 5 ans. Au bout de 5 ans, on les accompagne aussi dans la migration vers leurs nouvelles terres.

On a implanté des infrastructures qui sont communes et qui doivent être partagées entre les entreprises. Ces dernières évoluent individuellement, mais il y a aussi un gros volet collectif.

L’année dernière, c’était notre première saison et aujourd’hui, on compte 3 entreprises dans l’incubateur. C’est important d’insérer un projet à la fois pour être certain de le faire adéquatement. On veut bien accompagner chaque entrepreneur dans son démarrage. On vise 8 entreprises en incubation d’ici 2024.

Q. Le CISA a créé le Réseau Racines pour faire le lien entre les incubateurs de toutes les régions du Québec. D’où est venue l’idée ou la nécessité de créer ce réseau? À quelles problématiques souhaitiez-vous répondre?

Émilie : Pour les incubateurs, c’est motivant de savoir qu’on peut être rattaché à un réseau, ne serait-ce que de rêver de pouvoir avoir des subventions. Aussi, avoir accès à des formulaires qui facilitent le volet administratif… Par exemple rendre disponible un modèle de bail agricole. Ce ne sont pas des documents communs pour la plupart d’entre nous.

Avoir la possibilité d’échanger des idées avec d’autres incubateurs c’est vraiment intéressant. On débute tous alors on est tous un peu en mode projet pilote. Notre incubateur évolue, change, s’adapte. Avec un réseau on peut confirmer certaines idées. Ça permet vraiment d’évoluer en mode proactif.

Pierre-Olivier : Le projet de réseau est vraiment parti de cette volonté-là! En rencontrant individuellement chaque entreprise, il y a eu un constat de volonté de faire des échanges, d’accroître le réseautage et de pouvoir partager les bons et les moins bons coups, mais surtout des solutions.

On a organisé un premier rassemblement des incubateurs en 2018, l’objectif était vraiment de réseauter. Avec cet événement-là, il y a eu un consensus pour aller de l’avant vers un réseau. C’est grâce à un cadre de recherche financée par le Conseil de recherche en sciences humaines que le projet du Réseau Racines a pu se développer.

Q. Pourquoi avons-nous besoin de cette mixité de plateformes agricoles ? Quel en est l’impact pour le Québec ?

Émilie : Je pense que l’impact principal, c’est d’offrir à tout le monde l'opportunité de créer sa propre entreprise agricole. Ce qu’on remarque c’est que, à l’heure actuelle au Québec, la seule façon de démarrer une entreprise agricole et d’être viable tout de suite, c’est par le transfert familial. Pourtant, ce domaine est vraiment un axe important à développer, ne serait-ce que pour favoriser notre autonomie alimentaire. Tout le monde devrait y avoir accès !

Pierre-Olivier : On voit un changement du profil dans la relève. Maintenant, il y a des gens du milieu urbain qui désirent avoir une entreprise agricole. Ça leur permet de se lancer tout en limitant les risques.

Q. Il y a 12 incubateurs agricoles en activités et une dizaine en développement. Quel est l’impact pour les régions qui ont développé ce modèle ?

Émilie: L’incubateur apporte beaucoup à la région. Il répond à un besoin sur un territoire. Il permet d’appuyer des projets innovants et de diversifier l’agriculture tout en appuyant le développement d'initiatives liées aux marchés de proximité, qui accroît la sécurité alimentaire. La demande était grandissante sur notre territoire pour s’alimenter en circuit court, l’incubateur permet cela.


Q. En terminant, pouvez-vous nous donner quelques exemples d’impacts sur notre société?

Pierre-Olivier : Les incubateurs s’inscrivent dans le besoin de renouveler la population agricole qui est de plus en plus vieillissante au Québec.

Émilie : C’est clair que les entreprises issues du processus d’incubation sont en cohérence avec le développement durable et la sécurité alimentaire. Prenons par exemple les paniers de légumes, le citoyen paie au début de la saison. Il s’agit d’un exemple de sécurité alimentaire parce qu’au niveau des prix, ça ne peut pas augmenter contrairement à l’inflation que l’on connaît en épicerie. Les habitudes de consommation changent tranquillement.

Pierre-Olivier : De plus, ça revalorise le métier parce que la plupart des maraîchers travaillent en circuit court. Les gens ont la possibilité d’acheter directement des agriculteurs et ainsi de discuter avec les gens qui leur fournissent de la nourriture. On crée des liens solides qui portent leurs fruits.

Site Web CISA : https://www.cisainnovation.com/fr

Site web Les Terres du Possible : www.leterresdupossible.ca

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