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Pour des milieux d’études et de travail inclusifs

Shape 14 décembre 2021

Cet article a rédigé par le Portail du réseau collégial dans le cadre de notre entente de partenariat. Pour consulter l'article original : https://lescegeps.com/vie_coll...
Auteur : Émilie Robert, pour le CRISPESH


En juillet dernier, le Conseil du patronat du Québec (CPQ) proposait 10 solutions pour contrer la pénurie de main d’œuvre au Québec, dont « accélérer le virage vers la diversité ». À juste titre, le CPQ rappelle que certaines catégories de travailleur.euses sont exclues du marché du travail, notamment les personnes en situation de handicap, et ce, en dépit de leurs diplômes, leurs compétences et leur motivation. Or, de plus en plus d’étudiant.es en situation de handicap poursuivent des études supérieures et rejoignent le marché du travail. Si la clientèle collégiale et universitaire est de mieux en mieux soutenue, elle se heurte toutefois à plusieurs obstacles, tant dans les milieux d’études que dans les milieux de travail.

Le Centre de recherche pour l’inclusion des personnes en situation de handicap (CRISPESH) est un centre de recherche membre du Réseau des CCTT qui soutient les organisations des milieux d’études, de travail, et de vie dans le développement de pratiques sociales novatrices pour soutenir l’inclusion et la participation des personnes en situation de handicap. Le CRISPESH a proposé, en mars 2021, quatre idées pour favoriser la réussite éducative des étudiant.es en situation de handicap. Cette proposition faisait en écho aux travaux du Chantier de la réussite en enseignement supérieur initié par le ministère de l’Enseignement supérieur. Cet article rappelle ces idées et tâche de faire le pont avec la proposition du CPQ.

1. Pour une valorisation de la diversité et de l’inclusion au sein des cégeps
On constate une visibilité limitée des personnes qui, bien qu’elles aient vécu des défis dans leur parcours scolaire, en particulier en lien avec une situation de handicap, ont réussi leurs études supérieures et occupent un emploi correspondant à leur qualification. La stigmatisation liée au dévoilement d’une incapacité ou d’une déficience peut constituer une barrière à la valorisation de la diversité. Dans les cégeps, la volonté d’autonomie des étudiant•es, associée à l’enjeu de la stigmatisation, peut parfois les inciter à s’affranchir notamment du soutien des services d’aide à l’intégration. Ces services sont pourtant essentiels à la réussite de celles et ceux qui ont besoin d’accommodements.

C’est pourquoi des actions et des campagnes de sensibilisation sur la diversité et l’inclusion doivent être organisées, au sein des cégeps, pour valoriser les parcours d’étudiant•es, dans toute leur diversité. Mettre ainsi de l’avant différents modèles est en effet un moteur de persévérance. Ces actions devraient être menées en collaboration avec des diplômé•es, et refléter la multiplicité des parcours scolaires et professionnels existants. La campagne du réseau des cégeps « Unique. Comme vous . » est un premier pas dans cette direction.

La portée de telles actions pourrait toutefois être limitée sans une réflexion systémique. Quelques établissements ont d’ailleurs entrepris de se doter d’une politique ou stratégie d’inclusion. Ces démarches, encore trop marginales dans le réseau, méritent d’être reconnues et soutenues, et doivent servir d’inspiration pour d’autres collèges. De telles démarches doivent être accompagnées par des personnes expérimentées, de façon à s’assurer qu’elles tiennent compte des situations de handicap.

2. Pour une transition vers le milieu collégial mieux préparée
La transition vers l’enseignement supérieur est une étape clé dans le parcours scolaire. Elle l’est d’autant plus pour les étudiant•es en situation de handicap. En effet, plusieurs décalages peuvent les déstabiliser à leur arrivée au cégep. D’abord, le niveau d’encadrement au secondaire contraste avec l’autonomie nécessaire pour faire son chemin au postsecondaire. En outre, l’accès aux services de soutien et d’aide, offerts à l’ensemble des élèves au secondaire, nécessite dans les cégeps d’avoir un diagnostic médical mettant en évidence une ou plusieurs limitations. Plusieurs apprennent donc à leurs dépens qu’un long chemin les attend pour obtenir le diagnostic qui leur permettra de bénéficier des accommodements essentiels à leur réussite. Enfin, à leur arrivée au cégep, les étudiant•es doivent « apprendre à apprendre ». Plusieurs stratégies d’apprentissage permettent leur autonomisation. Elles s’avèrent d’une aide précieuse tout particulièrement pour la population étudiante en situation de handicap. Il est toutefois souvent difficile pour les étudiant•es de les mobiliser à leur entrée au cégep.

De façon à faciliter cette transition, davantage d’initiatives interordres seraient bénéfiques. Ainsi, informer les acteurs du secondaire des attentes et des services disponibles dans les cégeps leur permettrait de relayer ces informations aux élèves qui souhaitent y poursuivre leurs études. Soutenir les étudiant•es dans l’acquisition de certaines stratégies d’apprentissage pourrait en outre permettre une meilleure adaptation aux exigences d’autonomie du cégep. Au sein des cégeps ,l’accueil et l’intégration des étudiant•es en situation de handicap doivent faire l’objet d’une attention particulière. À cet égard, les programmes de mentorat ou de soutien par les pairs sont des initiatives intéressantes. Enfin, une dynamique de collaboration interprofessionnelle et interordre visant la mise en place d’un continuum de services pourrait être mise en place. Le défi de l’obtention d’un diagnostic pour celles et ceux qui ont besoin d’accommodements au cégep en est un de taille. Ce défi nécessite une réflexion intersectorielle sur le coût et l’accès aux services de santé, et sur la mission de soutien à l’ensemble de la population étudiante promue par le ministère.

3. Pour des pratiques et un environnement inclusifs répondant à la diversité des besoins de la communauté étudiante

Certains des défis mentionnés ci-dessus pourraient être atténués par une éducation inclusive. Si ce message prend de l’ampleur dans le réseau, les changements concrets restent néanmoins timides. Ainsi, les pratiques pédagogiques inclusives existent, sans toutefois constituer un socle de pratiques majoritaires dans le réseau. Ce changement nécessaire est sans doute freiné par une compréhension encore limitée des réalités, défis et enjeux liés aux situations de handicap, de même que des bénéfices démontrés d’une approche inclusive. Face à ces constats, il est essentiel de mettre en place de la formation continue et de déployer des actions de sensibilisation auprès du corps enseignant. Dans cette perspective, deux chercheuses du CRISPESH, Christine Morin et Lucie Rüssbach, développent actuellement un cours en ligne et en accès libre sur l’éducation inclusive. L’élaboration de politiques Équité, Diversité et Inclusion dans les cégeps viendraient également soutenir et légitimer un certain nombre d’actions concrètes émanant du terrain. Enfin, la participation de la population étudiante, dont les étudiant•es en situation de handicap, aux espaces de prise de décision, aux côtés du corps professoral et des autres acteurs des cégeps, devrait être encouragée. La rencontre des réalités de chacun de ces acteurs est un pas vers la compréhension des besoins et des défis vécus, ce qui incite aux changements.

On ne saurait faire abstraction d’une autre réalité apparue dans la vie des cégépien.nes en 2020 : la COVID-19. La pandémie a amené son lot de détresse psychologique chez les étudiant•es du postsecondaire, comme l’ont démontré plusieurs enquêtes au Québec1. Certains enjeux de santé mentale, préexistant au sein de la population collégiale, se sont ainsi amplifiés, renforçant certaines situations de handicap, en créant parfois de nouvelles. Face à ces défis, il semble évident de poursuivre les réflexions intersectorielles et interprofessionnelles pour aborder de façon systémique les enjeux de santé psychologique au collégial. Un continuum de services cohérent au sein des cégeps devrait être au cœur de ces réflexions.

Parmi les sujets centraux de la détresse psychologique de la population étudiante se trouve l’utilisation massive du numérique en enseignement. Dès 2019, une équipe du CRISPESH, coordonnée par Paul Turcotte, a entrepris des travaux en lien avec ce sujet alors peu documenté. En effet, les personnes étudiantes doivent être particulièrement soutenues dans un contexte d’apprentissage numérique. Le virage numérique entamé en 2020 doit être l’occasion de mettre en évidence le potentiel inclusif des technologies, tout en anticipant les enjeux de santé psychologique liés à l’anxiété et à l’isolement que peuvent ressentir les étudiant•es dans ce contexte.

4. Pour une plus grande utilisation de la recherche sur l’inclusion au collégial
Le CRISPESH est un centre de recherche collégiale dont l’un des axes est l’inclusion scolaire. L’ambition de son équipe est de fournir au réseau collégial du Québec des connaissances issues de la recherche pertinentes et utiles pour la réussite éducative, dans une perspective inclusive qui tient compte des situations de handicap. Il n’existe pour le moment aucun portrait au collégial des étudiant•es en situation de handicap. Leur réussite et leur persévérance scolaire sont également sous-documentées. De telles connaissances permettraient aux cégeps d’ajuster leur offre d’accommodements et de services, de développer des actions et programmes spécifiques pour répondre aux besoins identifiés, et de mieux comprendre l’évolution de la réussite éducative de ces étudiant•es. Les données existantes sont toutefois difficilement accessibles.

Le CRISPESH agit donc comme intermédiaire entre la recherche et les milieux partenaires, comme les cégeps. Le projet du Centre de transfert pour la réussite éducative au Québec (CTREQ), mené en partenariat avec l’Association pour la recherche au collégial, est à ce titre tout à fait pertinent et novateur. Les centres collégiaux de transfert du Québec pourront utiliser à bon escient les résultats de ce projet, en particulier si des financements dédiés au transfert des connaissances viennent soutenir leur mandat.

Vers des milieux de travail inclusifs ?
C’est un jeu de dominos : les élèves en situation de handicap qui poursuivent leurs études au postsecondaire forcent les cégeps puis les universités à s’adapter et à reconnaitre la diversité de leurs besoins. Aujourd’hui, la reconnaissance de cette diversité pousse ces milieux à adopter une perspective inclusive pour mieux soutenir l’ensemble des étudiant•es. À leur tour, les milieux d’emploi vont devoir s’adapter à cette diversité, au risque de passer à côté d’une main d’œuvre compétente. Le CRISPESH est aux côtés des employeurs pour les soutenir dans cette transition. Son objectif est de soutenir, accompagner et outiller les organisations pour qu’elles deviennent des milieux d’emploi accessibles et inclusifs, tenant compte de la diversité et soucieux des enjeux d’équité, en particulier à l’égard des personnes en situation de handicap.

L’équipe du CRISPESH a ainsi développé, en collaboration avec le ROSEPH et des experts universitaires, Incluvis ,un guide pour aider les organisations à être plus inclusives en matière d’emploi des personnes en situation de handicap. Des formations sont également offertes par notre équipe à tout type d’organisme.

On a malheureusement pu constater une tendance à négliger les situations de handicap dans les réflexions initiées sur l’équité, la diversité et l’inclusion dans les milieux de travail. C’est pourquoi les travaux du CRISPESH, aux côtés de ses partenaires, tâchent de faire bénéficier du momentum sur ces questions les personnes en situation de handicap qui enrichissent le panorama de la diversité

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