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Un biocarburant de deuxième génération issu de résidus forestiers voit le jour

Shape 13 mai 2022

Cette entrevue a été éditée et condensée à des fins de clarté.


Autrefois, les usines de pâtes et papiers utilisaient les copeaux de bois produits par les scieries pour produire le papier journal. De nos jours, les journaux sont en perte de popularité, mais les résidus provenant des scieries sont toujours existants. SEREX, Innovation Maritime et Arbec se sont penchés sur une solution pour convertir la biomasse forestière résiduelle en huile pyrolytique utilisée dans le transport maritime. Cette huile pourrait entraîner une réduction des émissions de CO2 équivalent jusqu’à 70 000 tonnes.

Dans le cadre de la semaine sur l’économie verte, nous avons discuté avec les instigateurs de ce projet innovant :

  • Tony Chabot, ing., M.Sc.A vice-président aux opérations chez Arbec
  • Patrick Dallain, ing.f. M.Sc F. directeur général chez SEREX
  • Sylvain Lafrance, directeur général chez Innovation Maritime
  • Papa Diouf, PhD directeur scientifique chez SEREX

Q. D’abord, pouvez-vous me faire un petit résumé de ce qu’est le projet concernant les biocarburants ? D’où est-ce que l’idée est venue ? Quels étaient les enjeux à ce moment-là ?

Tony : Ce projet-là date des années 2010-2011, à ce moment-là, nous étions une grosse scierie avec un client unique, la papetière de Baie-Comeau. Comme tout le monde dans l’industrie, on voyait la fin du papier journal arrivé et comme c’était notre seul preneur pour les copeaux de bois, on devait trouver d’autres marchés pour nous permettre de les écouler. En 2013-2014 on a eu des discussions avec un producteur de biohuile en Ontario, eux avaient une usine qui opérait à capacité intéressante. Ils voulaient vendre la technologie pour de l’huile pyrolytique qui utilise de la biomasse forestière et nous, chez Arbec, on cherchait une nouvelle alternative pour nos sous-produits du bois.

Des tests ont été faits chez ArcelorMittal à moins de 3km de l’usine d’Arbec, pour tester l'huile pyrolytique en remplacement du mazout lourd dans leurs lignes de bouletage. Les résultats du test ont démontré que l’huile pyrolytique substituait de façon très efficace le “bunker”, principal carburant liquide utilisé chez ArcelorMittal. Ça a été l’élément déclencheur pour commencer à bâtir l’usine, obtenir du financement, etc.

En cours de projet, on s’est tourné vers les USA qui ont déjà un marché de biocarburants très intéressant pour les producteurs. C’est un projet assez risqué, mais quand même innovateur. C’était une super belle alternative pour utiliser nos sous-produits, les copeaux de bois. Mais, avec les politiques de Trump, le marché américain s’est fermé, on a perdu l’accès à ce crédit-là. On a dû fermer l’usine pendant 2 ans pour ces raisons, on a revu nos stratégies, on s’est repositionné.

On compétitionne du mazout lourd, qui est quand même un produit le plus difficile à concurrencer puisqu’il est très énergétique et peu coûteux, il est très polluant par contre. Arcelor Mittal est un grand client, mais on ne voulait plus dépendre d’un seul client, il fallait ouvrir d’autres marchés, dont celui du carburant maritime, c’est là que SEREX est arrivé.

Sylvain : Dans le domaine maritime, on consomme des carburants qu’on souhaite remplacer par des carburants plus respectueux de l’environnement. SEREX et Innovation Maritime ont conjugué leurs expertises pour essayer d’identifier des producteurs potentiels de biocarburant au niveau canadien et nord-américain. Quels sont les volumes disponibles en biocarburant, quelles sont les caractéristiques, est-ce qu’ils répondent aux exigences du secteur maritime au niveau réglementaire, est-ce qu’on peut vraiment les embarquer sur des navires ? Sinon, comment peut-on accompagner des fournisseurs à rencontrer ces exigences ?

Patrick : On a suggéré de travailler pour essayer d’incorporer l’huile pyrolytique de la Côte-Nord dans le transport maritime. On travaille sur différentes approches, mais c’est surtout le mélange des carburants qui attire notre attention, on ne vise pas nécessairement la substitution à 100%.

Q. Comment fonctionne le procédé qui permet d’obtenir de l’huile pyrolytique à partir des résidus de la scierie ?

Papa : Pour la pyrolyse, on part de biomasse forestière, on en réduit la taille pour améliorer le transfert de chaleur et on fait chauffer, sans oxygène pour éviter la combustion et on obtient 3 produits : l’huile pyrolytique, qu’on peut utiliser comme combustible, des gaz qu’on utilise dans le procédé pour assurer l'autonomie du système et une matière solide, un peu comme du charbon de bois.

On veut savoir jusqu’à quel point on peut substituer une partie du “bunker” pour l’intégrer dans les navires. On ne veut pas aller jusqu’à 100% pour éviter de devoir faire des changements majeurs sur les équipements mécaniques des navires.

Tony : Si on réussit à mettre 10% d’huile pyrolytique sans avoir à changer tous les moteurs des navires, on vient de trouver un carburant de transition pour les prochaines années à peu de frais !

Q. Il y a de nombreux avantages à utiliser le biocarburant issu de la biomasse forestière, quels sont les principaux impacts environnementaux de ce projet ?

Sylvain : Au niveau maritime, à cause de la réglementation qui évolue, les entreprises maritimes sont tenues de réduire les gaz à effet de serre et de trouver des alternatives, par exemple des nouveaux carburants.

Les volumes sont majeurs, on parle d’une consommation de carburant autour de 20 tonnes par navire par jour, réduire son empreinte de 10% de ce volume, c’est significatif !

Cependant, les fournisseurs doivent être capables de fournir à la demande, l’avitaillement doit être facile, sans faire trop de détours. Cela dit, les armateurs sont intéressés à découvrir les options qui s’offrent à eux.

Au-delà de la synergie des ressources, les talents de tous sont mis à contribution dans ce projet. SEREX possède la connaissance de l’industrie du bois, la chimie, un bon réseau de contacts, tandis qu’au niveau d’Innovation Maritime, c’est la réglementation, l'ingénierie des navires, on se complète aussi au niveau des équipements.

Tony : L’usine de Port-Cartier, c’est une production de 40 millions de litres d’huile pyrolytique par année, on est passé l’étape du banc d’essai, c’est rassurant pour les armateurs parce que ça démontre une disponibilité de la ressource.

Ces 40 millions de litres par année retirent 65 000 tonnes métriques de CO2. Nous, notre message aux gouvernements c’est : on est les premiers, mais c’est une filière qu’on veut !

Patrick : Sans parler de notre autonomie énergétique ! Au lieu d’importer de certains pays et utiliser nos propres ressources, l’impact économique est là!

Site web de SEREX : https://serex.ca/

Site web d’Innovation Maritime : https://www.innovationmaritime.ca/

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